Chacun a, pour raconter ce que l´on appelle des histoires drôles, un héros. En Corse, son nom est « GROSSU-MINUTU », gros-maigre. Quand j´étais adolescent, à Ajaccio, une de nos distractions favorites était de jouer avec ceux que l´on avait qualifié de « TONTI », fous. Le plus célèbre d´entre eux était surnommé « GATTU-TOPPU », chat-rat. Avec une innocente cruauté, nous en faisions nôtre souffre-douleur. Et, avant cela, quand ma mère m´envoyait, enfant, chercher du pain chez le boulanger Matraja, celui-ci me racontait que son chien était mort fou parce qu´il l´avait nommé « VIENS ICI-VA-T-EN »
Ce rapprochement des contraires, qui porte le beau nom d´oxymore, est donc dangereux : on peut en souffrir, on peut même en mourir. C´est pourquoi je voudrais m´interroger sur le sens de chacun de ces mots : identité, culture, développement, tourisme. S´agit-il, quand on les rapproche, de la réunion des contraires ?
Je crois que la culture, à la différence des biens matériels, est la seule richesse dont le partage augmente la possession, pour l´individu comme pour la société. Et qu´est-ce d´autre que l´identité, si ce n´est ce que l´on peut partager avec l´autre, ce par quoi l´autre nous reconnaît existence, à la fois individuelle et collective ? Quand au tourisme, si il peut prendre la forme absurde de la consommation de masse, devenir alors illusion du bonheur et n´enrichir alors que quelques intermédiaires, il peut surtout être la manière de mêler le goût du voyage à la plus élégante et la plus efficace forme d´exportation. Que penser, en effet, d´un produit dont le client assurerait lui-même et à ses frais le transport, en venant jusqu´à le chercher personnellement sur place ? A la condition, bien sur, d´être soi-même producteur, individuellement ou collectivement. Reste le développement. Linéaire et massif, ou capillaire et diffus, c´est avant tout un choix entre cynisme et éthique, pour parler simplement. Car toute demi-mesure, ou tout non choix, ce qui revient au même, ne peut être voué qu´à l´échec.
Alors, pour rapprocher identité culturelle et développement touristique, il faut s´inspirer plus de Marco Polo que de Phileas Fogg. Le village où je vis, Pigna, en Balagna, qui s´est bâti une nouvelle économie sur de nouvelles activités liées entre elles par la recherche et la création permanente de son identité culturelle et de celle des femmes et des hommes qui y produisent, est une expérience de quarante années dont on peut mesurer les résultats, aussi bien en termes de démographie que d´emplois ou de qualité de la vie. Et de revenus touristiques.
Mais que dire du Pays de Balagne, qui a été reconnu dans le cadre de la loi Voynet pour avoir réussi a faire délibérer les trente six communes et les trois Communautés de Communes qui le constituent sur une Charte de Développement dont l´orientation peut se résumer en une seule phrase : « faire du tourisme le levier du développement, en prenant pour point d´appui la convergence nature/culture ». Car, trop longtemps, une certaine forme de tourisme a vanté la nature corse et nié sa culture, ou l´a réduite à un alibi folklorique.
Si ce choix de convergence se traduit dans l´action, alors nous pourrons méditer sur les propos tenus par Laërte à Ulysse, son fils, touriste si il en fut, au retour de son odyssée : « si le Roi est un jardinier, son royaume sera un jardin. »
Toni Casalonga
Président du Conseil de Développement



